Un peu d’histoire
Article mis en ligne le 8 avril 2009
dernière modification le 5 juin 2011
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Larroque, petit village touristique de la basse vallée de la Vère entre Puycelsi et Bruniquel, se niche au pied d’une haute falaise de calcaire ocre et rose. A son pied, coule la Vère qui apporte une fraicheur accentuée par l’ ombrage de ses "berges".

L’exceptionnelle exposition au Sud-Est, la protection qu’assure la falaise contre les vents du Nord et d’Ouest, la présence de plusieurs grottes fort bien défendues par un accès unique, dangereux, facile à surveiller font que les Hommes se sont installés dans ce lieu privilégiée à une époque très reculée.

Si les Hommes du Paléolithique Ancien et Moyen ne semblent pas avoir connu le site, ceux du Paléolithique Supérieur ( vers -20 000 ans avant J.C.) ont laissé quelques rares vestiges sous forme d’outils de silex isolés, qui ont été recueillis occasionnellement par J.F. ALAUX au pied des falaises.

Plus tard les Hommes du Néolithique ( - 5 500 ans avant J.C.) semblent avoir été les premiers à occuper le site. Leur présence est attestée par des haches en pierre polie, des meules pour broyer le grain, des tessons de poterie encore assez rares. Cette civilisation marque la sédentarisation des Hommes qui abandonnent progressivement le nomadisme et la chasse pour se fixer en des points précis afin d’entreprendre des travaux d’agriculture et d’élevage. On peut donc dire que la première occupation de Larroque remonte à 5 500 ans avant Jésus-Christ.

La civilisation de l’Age du Bronze (vers - 1500 ans avant J.C.) est très présente dans les cavités de Larroque. Les occupants ont laissé de nombreux tessons d’une céramique bien typique façonnée "au colombin" (enroulements superposés de boudins d’argile) et parfaitement lissée avec des brunissoirs d’os, de pierre, de bois. Les vases sont assez importants, bien galbés, soigneusement finis, de couleur brun clair ou "cuir", parfois décorés. Le reste de l’outillage se compose de poinçons, de lissoirs, de coins, de gaines en os ou en bois de cervidés. Le Bronze Ancien paraît plutôt rare. Les grottes ont été bien fréquentées au Bronze Moyen et Final.

L’Âge du Fer et notamment la période de la Tène ( - 500 ans avant Jésus-Christ environ) a laissé un dépôt typique dans la cavité principale de Larroque. J.F. Alaux y a recueilli de nombreux tessons de poterie de cette civilisation. Il s’agit de céramique grise, décorée au brunissoir de motifs "ondés", de grecques, d’incisions à l’aide d’un instrument de fer ou d’un coquillage. Cette céramique est maintenant façonnée à l’aide d’un tour. Elle est très bien cuite, sonore et de fort belle facture. Les formes sont variées, et harmonieuses. L’occupation des grottes semble moins importante qu’à l’Age du Bronze. Peut-être parce que l’habitat commençait à s’établir au pied de la falaise ou à proximité de la rivière. Les grottes ne servant que de refuge en cas de troubles, l’occupation romaine n’est pas loin : quelques fragments d’amphores ont été découverts par J.F. Alaux sur la rive gauche de la Vère, face au village.

Durant les premiers siècles de notre Ère (du IIème au Xème siècle après J.C.) les cavités de paraissent pas avoir été très utilisées, ou du moins les traces laissées ne sont pas évidentes. Vers cette époque les premières maisons doivent voir le jour directement sous la falaise dans le point le plus élevé du talus. Il s’agit certainement de modestes cabanes de torchis et de blocs de pierre qui se transformeront plus tard vers le XIIIème et XIVème siècle en de vrais maisons architecturées. Pendant cette époque de troubles et de guerres les grottes sont habitées périodiquement, en cas de danger. A cette époque la protection naturelle du site est renforcée par la construction de murs défensifs et de terrasses sur le devant des cavités. La présence des hommes est attestée par plusieurs pièces de monnaies en argent, médiévales (guerre de cent ans) et par une série de monnaies de Henri IV et de Louis XIII (guerre des Protestants) recueillie par J.F. ALAUX. Ce dernier a remarqué l’utilisation particulière de certaines parties des grottes : des dépressions dans le rocher avaient été aménagées en litières sommaires par superposition de menus branchages de buis, puis de paille grossière et enfin d’herbes sèches. Des fragments de tissus très grossiers s’étaient également conservés en raison de l’extrême sécheresse du lieu. D’après J.F. ALAUX ces aménagements ont été conçus au XVIème au XVIIème siècle comme le prouvent les monnaies trouvées parmi la paille de ces litières. Il a observé une disposition analogue dans les grottes du "Nid d’Aigle" à Bruniquel où il a également découvert des monnaies des mêmes époques. D’autres part, des foyers ont été sommairement aménagés sur le devant des porches des cavités. Tout autour des outils de bois de buis ont été trouvés : bois appointés ayant servi de piques etc... Une très belle cuillère en bois, dissimulée dans une crevasse de la paroi a été découverte et s’est conservée jusqu’à nous : elle date certainement du XVIème ou XVIIème siècle.

Le problème de l’approvisionnement d’eau était partiellement résolu par l’aménagement d’anfractuosités de la paroi où l’eau suintait naturellement. Cette eau était canalisée et recueillie dans des poteries. Cet aménagement date des mêmes époques. Il faut également signaler la présence de fragments de verre très fin certainement issus des fours des verriers de Grésigne. Il s’agit là, non pas du verre "bleu-vert typique de grésigne, mais d’une production de verre commun blanc, ordinaire, comme de récentes recherches viennent d’en prouver l’existence dans les verreries de la Forêt de Grésigne. J.F. ALAUX en a retrouvé dans plusieurs cavités de la vallée de la Vère et de l’Aveyron ; il s’agissait soit de verres à boire, soit de veilleuses à huiles destinées à l’éclairage des grottes.

La paix progressivement revenue, l’occupation des grottes de Larroque a été petit à petit abandonnée. Peut-être encore sous la Terreur ont-elles offert quelque refuge comme le rapporte la légende locale. Il en serait de même des petites grottes de Poutou, situées en face de celles de Larroque.

Les derniers documents recueillis sont des tessons de poterie s’apparentant aux productions tardives des céramiques de Giroussens du milieu du XIXème siècle. Vers cette période les grottes de Larroque ont définitivement été abandonnées, sauf par l’importante colonie de corneilles et par quelques couples de faucons qui se disputent âprement durant les douces soirées de printemps



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